Dans le cadre d’un projet de loi visant à assurer l’indépendance de l’espace Internet russe, un groupe de travail va tester de manière expérimentale une coupure totale du réseau Internet.

En décembre 2018, les sénateurs Andrei Klishas et Lyudmila Bokova, ainsi que le député Andrei Lugovoi, ont soumis à la Douma un nouveau projet de loi à l’objectif bien particulier : créer de nouvelles mesures de protection à Internet. Pour ce faire, la Russie obligerait ses fournisseurs d’accès (FAI) à assurer l’indépendance de l’espace Internet russe (Runet). Une initiative approuvée par le président Vladimir Poutine.

En cas d’agression étrangère ou d’une cyberattaque, voire d’une coupure totale avec le reste du monde, le pays pourrait alors compter sur son propre réseau pour continuer à fonctionner. C’est donc dans cette démarche que Moscou effectuera un test expérimental durant lequel une déconnexion du réseau mondial sera effectuée, comme nous l’apprend l’agence de presse russe RBC.

Les FAI, un allié essentiel

Validés fin janvier lors d’une session du Groupe de travail sur la sécurité de l’information, emmenée par Natalya Kaspersky, directrice de l’entreprise de cybersécurité InfoWatch et co-fondatrice de Kaspersky Lab, les essais devraient avoir lieu avant le 1er avril, date à laquelle les derniers amendements pourront être déposés. Bien qu’aucune date officielle n’ait pour l’instant été communiquée.

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Pour parachever un tel projet, l’aval des principaux fournisseurs d’accès russes était nécessaire : MegaFon, VimpelCom, MTS ou encore Rostelecom, tous membres du groupe de travail susmentionné, ont accepté de collaborer. Autrement dit, ces entreprises s’engagent à mettre en place de nouveaux moyens techniques conséquents. Le but étant de réorienter tout le trafic Internet russe vers des points d’échange dirigés par le Roskomnadzor, le Service fédéral de supervision des communications, autrement appelé le gendarme des télécoms.

Un coût financier important

De ce fait, les informations échangées entre internautes resteront confinées à l’intérieur du pays, de sorte qu’aucune agence étrangère ne puisse les intercepter. Mais le prix de cette initiative est élevé : comme le rappelle RBC, la création et la tenue d’un registre des points d’échange du trafic, couplées à une vague de recrutements au sein du Roskomnadzor, coûteront la somme de 25 milliards de roubles, soit environ 334 millions d’euros.

Roskomnadzor s’engage aussi à débloquer des fonds d’investissement dédiés aux FAI, pour que celles-ci effectuent le plus rapidement possible leurs propres changements d’infrastructure. Certains experts pointent également du doigt la logistique à laquelle auront affaire les protagonistes de ce projet : fournir au Roskomnadzor les schémas des réseaux et l’acheminement de leur trafic est jugé impossible, le réseau étant constamment mis à jour.

Bien que d’accord quant à la mise en place d’un tel projet de loi, les fournisseurs d’accès s’inquiètent cependant des perturbations que ce test pourrait entraîner sur le trafic russe, pourtant nécessaire pour comprendre la manière dont réagissent leurs réseaux.

Plus globalement, le contexte tendu observé entre la Russie et les pays occidentaux tend à justifier les choix du Kremlin. Souvent accusé par l’Europe et les États-Unis d’être à l’origine de nombreuses cyberattaques, sans preuve notable pour autant, l’état actuellement dirigé par Vladimir Poutine s’attelle à défendre son réseau par peur de représailles.

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