Le Royaume d’Arabie saoudite est accusé d’avoir joué un rôle clé dans le scandale du chantage aux photos intimes dénoncé par Jeff Bezos, le patron d’Amazon, en janvier dernier. Selon l’enquêteur privé engagé par l’homme le plus riche du monde, Riyad aurait piraté le téléphone de M. Bezos pour y récolter des données privées.

Nouveau rebondissement dans cette sombre affaire de chantage aux photos intimes. Mais avant d’ exposer les nouveaux éléments d’information récemment publiés dans les colonnes du site américain The Daily Beast, tâchons de débroussailler ce tohu-bohu à l’écho médiatique important. Flash back : en janvier 2019, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, dénonçait un chantage aux photos intimes initié par le magazine National Enquirer.

National Enquirer, un tabloïd américain à scandale et pro-Trump, appartient au groupe de presse AMI (American Media, Inc). A ce titre, il faut rappeler que les relations entre le président américain Donald Trump et l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos sont plus que houleuses. La source de la fuite semble toutefois rapidement identifiée : Michael Sanchez, frère de Lauren Sanchez, l’amante de Jeff Bezos apparaissant dans les fameux clichés tombés dans les mains du National Enquirer.

Un scandale peut en cacher un autre

Mais les origines de tout ce déballage se veulent en fait très politiques et se rattachent probablement à une autre affaire, celle de l’assassinat de Jamal Kashoggi. Le réputé Washington Post, propriété de Jeff Bezos, avait en effet effectué une couverture approfondie du meurtre de son collaborateur et journaliste saoudien Jamal Kashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite, à Istanbul.

En parallèle, des liens étroits entre David Becker, président d’AMI, et le prince héritier du royaume wahhabite, en la personne de Mohammed ben Salmane, étaient mis en lumière. L’idée, ici, était de faire pression sur Jeff Bezos de façon à ce qu’il ordonne au Washington Post d’arrêter de travailler sur le meurtre de Jamal Kashoggi.

Mohammed ben Salmane, prince héritier et le vice-Premier ministre d’Arabie saoudite // Crédit photo : World Tourism Organization (UNWTO) via Flickr.

Pour dénicher les véritables artisans de ce coup d’éclat orchestré à l’encontre de Jeff Bezos, ce dernier engage son enquêteur privé Gavin de Becker, dont les collaborations multiples avec le FBI, la CIA ou le gouvernement Reagan font de lui un expert en la matière. Et l’intéressé, après plusieurs mois de travail, a publié le fruit de son enquête : selon lui, Riyad tire bel et bien les ficelles de cette affaire, malgré les démentis du National Enquirer.

Ce ne serait d’ailleurs pas Michael Sanchez qui aurait contacté le National Enquirer, mais le contraire. Le magazine aurait cherché à corroborer certaines informations fournies par une autre source. Et cette source se nommerait tout bonnement l’Arabie Saoudite. « Nos enquêteurs et experts ont conclu avec un haut de degré de confiance que l’Arabie Saoudite a eu accès au téléphone de Bezos, et a obtenu des informations privées. À ce jour, il est difficile de savoir à quel point AMI était au courant des détails », écrit le détective.

Le piratage informatique, fer de lance de l’Arabie Saoudite

Si Gavin de Becker ne souhaite pas divulguer les détails de son enquête, notamment remise aux autorités fédérales américaines, il affirme avec assurance que des experts ont confirmé la capacité saoudienne de « collecter des grandes quantités de données (appels, SMS, mails) jusque-là inaccessibles issues des smartphones, et ce sans laisser de trace, et ont confirmé que les attaques informatiques demeuraient un élément clé de la stratégie du pays  ».

Pour arriver à cette conclusion, le détective cite pléthore de sources, des responsables d’AMI à des experts du renseignement au Moyen-Orient en passant par des experts en cybersécurité, des anciens et actuels conseillers de Trump et même des proches du prince héritier du royaume saoudien.

Si aucune preuve quant à l’existence de cette cyberattaque n’est mise sur la table, force est de constater qu’une enquête approfondie menée par un spécialiste du genre charge l’administration saoudienne. Cette dernière, visiblement proche du groupe de presse AMI, aurait d’ailleurs tout intérêt à intimider Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post, journal dont le travail sur le journaliste Jamal Kashoggi tendrait à en gêner certains. Ou quand les intérêts d’un pays et les petits secrets politiques se transforment en une cyberattaque à l’encontre d’un des hommes les plus puissants du monde.

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