Un groupe d'investisseurs américain va s'offrir Grindr pour plus de 608 millions de dollars. Son propriétaire actuel, le chinois Kunlun Tech, a été forcé d'effectuer cette vente par le gouvernement américain en 2019.

C’est la fin d’une année indécise pour l’application de rencontre gay Grindr. Kunlun Tech, l’entreprise chinoise propriétaire de l’app, va vendre son bien pour plus de 608 millions de dollars à un groupe d’investisseurs, d’après Reuters et le Financial Times. L’an dernier, le comité sur l’investissement étranger aux États-Unis (le CFIUS, en anglais), qui dépend du gouvernement, avait ordonné à Kunlun de vendre son app de rencontre. Le comité n’avait pas donné de détails sur cette décision tardive — l’entreprise était actionnaire majoritaire de Grindr depuis 2016 — dans un contexte de guerre commerciale entre les deux pays. Mais les médias américains ont rapporté que la justification s’appuyait sur des enjeux de sécurité nationale.

Kunlun est encore prudente sur l’officialisation de la transaction, car elle doit encore être approuvée par le CFIUS — mais les médias américains affirment qu’en coulisse, le feu vert a déjà été donné.

Les autorités américains veulent s’assurer que les données des Américains restent sur leur territoire. // Source : Illustration par Lucie Benoit pour Numerama

Le gouvernement US veut garder les données de Grindr sur son territoire

D’après Reuters, Kunlun Tech aurait donné à ses ingénieurs chinois l’accès aux données des utilisateurs de Grindr, bien que le siège social de l’app se situe en Californie. Avec plus de 4,5 millions d’utilisateurs quotidiens, Grindr concentre de nombreuses données personnelles, parmi lesquelles l’orientation sexuelle et le statut sérologique des utilisateurs, des messages privés, ou encore des photos.

Les régulateurs américains ont eu peur que ces données — dont certaines appartiennent à des personnalités publiques et des membres de l’administration — aboutissent entre les mains du gouvernement chinois, et nourrissent des manœuvres de chantage. En conséquence, Kunlun avait signé un « accord de sécurité nationale » avec le CFIUS, et accepté de vendre Grindr avant juin 2020. L’entreprise s’était également engagée à garder les données sur le territoire américain.

Grindr est déjà peu précautionneux avec ses données d’utilisateurs

Plusieurs terroristes homophobes, notamment américains, ont déjà ciblé leurs attaques en utilisant l’application. Mais de son côté, Grindr est loin des bonnes pratiques sur la protection des données. En 2018, elle avait concédé qu’elle partageait le statut sérologique de ses utilisateurs. En janvier 2020, une agence gouvernementale norvégienne a lancé une procédure judiciaire contre les pratiques publicitaires de plusieurs applications de rencontre.

D’après l’organisation scandinave, la communication des données pratiquée par ces apps serait incompatible avec le règlement général sur la protection des données (RGPD). Cité aux côtés de Tinder et OkCupid, Grindr est même le plus mauvais élève : il se distingue par la précision des données qu’il communique, et le nombre de destinataires à qui il les envoie.

300 % de plus-value en 4 ans pour Kunlun Tech

Forcé à vendre Grindr un an après avoir annoncé qu’il voulait l’introduire en Bourse, Kunlun Tech ne s’en sort finalement pas si mal. Le groupe a investi 152 millions de dollars entre janvier 2016 et 2018 pour s’octroyer 98,59 % des parts de Grindr. En revendant l’application pour 608 millions de dollars, il s’offre donc une jolie plus-value de 300 % 4 ans plus tard. Cette explosion de la valorisation de l’entreprise est notamment due à sa bonne santé : déficitaire en 2018, Grindr a enregistré un bénéfice de 23 millions de dollars sur les trois premiers trimestres de 2019, pour un chiffre d’affaires de presque 80 millions de dollars.

Pour l’instant, les médias américains n’ont que peu d’information sur le nouveau propriétaire San Vicente Acquisition, un groupe d’investisseurs et d’entrepreneurs de la tech. Reuters apporte le nom d’un des investisseurs, l’américain James Lu, ex-dirigeant chez le Chinois Baidu.

TikTok, prochain sur la liste ?

La procédure avec laquelle le gouvernement américain a frappé Kunlun Tech pourrait également toucher TikTok. L’autorité de régulation n’en est pour l’instant qu’à la phase d’enquête. Mais la même peur de l’influence chinoise plane aujourd’hui autour de l’application de vidéo préférée des 12-25 ans, en hypercroissance. Son entreprise mère chinoise Bytedance a pourtant pris des précautions. Elle sépare l’activité chinoise (Doujin) hébergée en Chine, de celle du reste du monde (Tik Tok), hébergée aux États-Unis et à Singapour.

Crédit photo de la une : Montage Numerama

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