Après avoir subi les accusations et pressions de Washington l'an passé, l'entreprise russe Kaspersky se place en observateur du désordre mondial.

Au Forum International de la Cybersécurité, à quelques mètres du stand imposant de Kaspersky, Tanguy de Coatpont, directeur général français de la firme, se pose quelques instants. Il a neigé toute la nuit. Il dira : « l’orage est derrière nous  » sans toutefois parler météo lilloise.

Il y a un an, au même endroit, l’éditeur d’antivirus russe, sortait de la tourmente. Bannie à l’automne des administrations fédérales américaines après un coup de semonce des renseignements outre-Atlantique, l’entreprise moscovite marchait sur des œufs et tentait de se sortir d’un feuilleton médiatique très alimenté par la presse.

Les accusations de Washington avaient produit une déflagration sur l’ensemble des alliés de l’OTAN et au-delà : la Lituanie, les Pays-Bas et la Hongrie marcheront dans les pas de l’oncle Sam en débattant à leur tour du bannissement de l’éditeur. Le Parlement européen se prononcera pour « un examen complet des équipements logiciels  » et citait Kaspersky comme potentiellement malveillant. Depuis Moscou, l’entreprise a nié et redoublé d’efforts pour montrer patte blanche mais la communication de crise n’est pas une formule magique.

« Nous avons montré patte blanche »

L’an passé donc, au Forum International de la Cybersécurité, l’entreprise comptait ses pertes financières importantes sur le marché américain et celles plus limitées sur le Vieux Continent, seulement  2 %. Cette année, alors que le feuilleton de soupçons et sanctions orchestré par Washington est désormais réservé à un autre acteur technologique, d’un poids bien supérieur, Huawei, les Moscovites ont fait un retour en grande pompe au forum lillois. Eugene Kaspersky ouvrait même une plénière matinale.

L’entreprise russe ne s’embarrasse plus de politesse et a asséné à l’occasion du forum un discours inquiet sur la « la balkanisation  » de la cybersécurité. Pointant les gouvernements qui veulent des « frontières là où il n’y en a pas  », l’éditeur se pose comme spectateur de premier choix du désordre mondial. Auprès de Cyberguerre, Tanguy de Coatpont, directeur général de la filiale française de Kaspersky depuis 2012, juge : « Il y a un mouvement de concentration d’Internet qui s’accélère avec des États qui favorisent les acteurs nationaux au détriment de la coopération  ».

« Les diplomates auront un rôle à jouer à inclure les acteurs privés »

Depuis les événements de l’automne 2018, Kaspersky a ouvert un centre de transparence en Suisse. Dans celui-ci sont invités les gouvernements curieux de voir ce qui se cache derrière les programmes du Russe. « Nous sommes désormais à un niveau de transparence inégalé, avance le directeur général, nous avons montré patte blanche pour

M. Coatpont / Kaspersky

calmer la situation  ». La cybersécurité est une industrie reposant sur la confiance nous rappelle-t-il, minimisant le coût d’un tel grand déballage. « Les risques auxquels nous expose une telle transparence seront toujours plus faibles que les bénéfices qu’on en tire  ».

L’entreprise semble faire de son cas une preuve que son inquiétude quant à une fragmentation du monde est légitime. Mettant en avant les coûts pour la sécurité et la stabilité du cyberespace que pourrait engendrer une accentuation des protectionnismes, Eugene Kaspersky écrivait à l’occasion du FIC : « la balkanisation signifie une intervention croissante des responsables politiques et une interruption des projets de coopération internationale. Cela risque d’avoir pour effet de laisser chaque pays livré à lui-même face aux cybermenaces mondiales.  »

À ce titre, l’entreprise s’est fait allié naturel de l’Appel de Paris lancé par le Quai d’Orsay en novembre dernier. Eugene Kaspersky l’a encore défendu à l’occasion du forum lillois et Tanguy de Coatpont a insisté auprès de Cyberguerre : « C’est une base de discussion particulièrement pertinente puisqu’elle lie les acteurs qui ont aujourd’hui le plus d’informations et de maillage, les entreprises privées, et les pouvoirs publics. Dans les prochaines années, les diplomates auront un rôle à jouer à inclure davantage les acteurs privés qui sont déjà ouverts à la coopération et soucieux de la paix dans le cyberespace.  » Celui qui espère voir les armes cyber réglementéees rapidement dans les prochaines années, tout en saluant la séparation symbolique de la défense et l’offensive cyber en France, s’aligne à la ligne de Paris — rare allié qui ne l’a jamais lâché.

Crédit photo de la une : NTNU

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